Famille avec masque, la pandémie affecte l’épargne-retraite

La pandémie a mis en lumière la situation économique précaire de nombreuses familles

Une grande partie des efforts pour « aplatir la courbe » de la COVID-19 a été destinée à protéger certains des plus à risque – les personnes ayant des conditions sous-jacentes.

Il est donc approprié que cet effort sans précédent – la fermeture de pans entiers de l’économie pour lutter contre le virus – ait mis en lumière d’autres « conditions sous-jacentes » qui menacent la santé sociale et économique à long terme de notre pays.

Au cours des deux derniers mois, alors que les milieux de travail ont fermé et que des millions de Canadiens ont été mis en congé ou ont complètement perdu leur emploi, la situation économique précaire de la plupart des familles canadiennes s’est manifestée de façon vive et troublante :

  • Plus de la moitié des Canadiens vivent de chèque de paie en chèque de paie.
  • Un tiers des ménages sont « pauvres en actifs ».
  • Dix millions de travailleurs n’ont pas de régime de retraite au travail.
  • L’épargne-retraite médiane des ménages proches de la retraite sans pension n’est que de 3 000 $.
  • Près de quatre Canadiens sur dix n’ont aucune épargne de retraite.
  • La dette des ménages est à un sommet historique.

Ça n’a pas toujours été comme ça. Dans les années 1980, les Canadiens réservaient régulièrement 20% de leur revenu pour de gros achats ménagers, l’éducation, le démarrage d’entreprises, la retraite ou simplement les jours difficiles. Avoir un pécule d’épargne était une sagesse acceptée et la norme. Ce qui a changé, c’est la nature de l’emploi. Plus d’un tiers de la main-d’œuvre actuelle est employée de façon précaire – travaillant sous contrat, travailleur autonome, ou dans des emplois à temps partiel (souvent involontairement) ou temporaires dans l’économie des petits bouts.

Ils n’ont pas les chèques de paie prévisibles qui leur permettent de planifier leurs dépenses et d’épargner. Leurs factures arrivent comme une horloge chaque mois, mais leur salaire ne vient pas. Cela signifie que lorsqu’une crise frappe – et pas seulement une crise aussi répandue que la COVID-19, mais aussi des urgences plus banales comme une réparation de voiture ou une ordonnance – ils s’endettent encore plus.

Avec son plan de réponse économique à la COVID-19, le gouvernement fédéral a agi rapidement pour faire parvenir de l’argent aux particuliers et aux entreprises à travers le pays afin de les aider à traverser la crise. Cela a probablement sauvé des millions de personnes employées de façon précaire de véritables difficultés et de dévastations.

Cela dit, tout comme la crise qu’elle a abordée, cette intervention gouvernementale massive est censée être temporaire. C’est un triage. C’est nécessaire et urgent, mais cela ne s’attaque pas à la condition sous-jacente d’une insécurité financière généralisée. La baisse des emplois à temps plein stable a privé des millions de travailleurs de régimes de retraite basés sur l’emploi, d’une assurance contre les risques courants de vie (perte d’emploi, maladie ou invalidité) et même simplement d’un chèque de paie stable.

À plus long terme, les gouvernements fédéral et provinciaux doivent moderniser nos programmes de sécurité du revenu publique et les normes d’emploi afin de s’aligner sur le marché du travail actuel, en offrant une couverture à tous les travailleurs et à des niveaux adéquats. Un premier pas majeur dans la bonne direction serait de simplifier et de rationaliser l’accès aux prestations de revenu existantes.

Chaque année, 2 milliards de dollars en prestations fédérales existantes sont laissées sur la table par des personnes qui en ont le plus besoin. Trop de gens ne savent pas qu’ils sont admissibles ou font face à des obstacles liés à la langue, à la littératie, au numérique ou à d’autres qui les empêchent d’obtenir ce revenu tant nécessaire. Regardez simplement les chiffres : les familles canadiennes peinent à financer les études postsecondaires de leurs enfants; mais chaque année, près de deux millions d’enfants ne reçoivent pas le Canada Learning Bond, avec des subventions pouvant atteindre 2 000 $ par enfant. Entre 10% et 12% des adultes canadiens ne produisent pas de déclaration d’impôts; cela réduit les personnes à faible revenu de plus de 1,7 milliard de dollars par année en prestations existantes, telles que la Prestation canadienne pour enfants et les remboursements de TPS, ce qui peut leur donner un meilleur contrôle économique sur leur vie. On estime que 75% des Canadiens admissibles ne participent pas au Programme d’épargne-invalidité enregistré; Ils manquent jusqu’à 90 000 $ en obligations gouvernementales et subventions de contrepartie.

Pour des millions de personnes, accéder à ces programmes et à d’autres programmes existants pourrait faire la différence entre la misère et la sécurité économique. Prenez un programme – la Prestation pour enfants du Canada. Non seulement elle offre jusqu’à 6 400 $ par enfant par année, mais elle permet aussi des demandes rétroactives jusqu’à 10 ans.

Des systèmes fragmentaires empêchent plusieurs des personnes qui ont le plus besoin de ces programmes d’y accéder. Une approche plus sensée serait que les gouvernements et les employeurs collaborent pour les rendre plus accessibles aux Canadiens sur le marché du travail.

Les gouvernements ne peuvent pas résoudre ces problèmes seuls. Les employeurs, le secteur privé, les organismes sans but lucratif, les travailleurs eux-mêmes et les syndicats ont tous un rôle important à jouer. Mais les gouvernements doivent faire preuve d’intentionnalité en reconnaissant le problème, en mobilisant les données et la recherche pour le diagnostiquer avec précision, et en invitant les parties prenantes intéressées de tous les secteurs à la table pour concevoir des solutions. La simple existence de programmes ne sert à guère s’ils ne sont pas appliqués comme prévu.

Au-delà de cela, c’est maintenant le moment pour les gouvernements d’aider à semer des innovations qui pourraient offrir des améliorations durables à grande échelle aux préoccupations systémiques de sécurité des revenus. L’une de ces options serait d’encourager des programmes d’avantages sociaux et d’épargne portables en milieu de travail qui contribuent à bâtir la sécurité financière comme élément clé d’un plan de rétablissement équitable. Nous devons profiter de l’occasion pour tenter de guérir des conditions sous-jacentes qui, si elles restent ignorées, entraîneront de lourdes pertes.

Chaviva Hosek a été directrice des politiques et de la recherche pour le premier ministre Jean Chrétien. Jonathan Weisstub a été conseiller principal en politique du premier ministre Paul Martin et est cofondateur de Common Wealth. Ed Waitzer est professeur à la faculté de droit Osgoode Hall et à la Schulich School of Business.

Cet article d’opinion a été publié pour la première fois dans The Globe & Mail le 14 juin

Photo d’Alex Mazer

Alex Mazer

Alex Mazer est cofondateur et co-PDG de Common Wealth Retirement, une entreprise de technologie financière axée sur la mission qui offre des régimes de retraite simples et portables. Pour faire avancer notre mission de permettre à tous d’avoir une retraite financièrement sécurisée, Common Wealth se concentre sur le service à ceux qui ne sont pas couverts par les régimes de retraite en milieu de travail, y compris les PME, les organismes à but non lucratif, les travailleurs autonomes et les travailleurs modestes.

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