Sécurité financière familiale

3 solutions politiques pratiques pour aider les Canadiens à atténuer les risques financiers

L’économie canadienne va bien, notre taux de chômage est à son plus bas niveau depuis des décennies, et la valeur nette moyenne des Canadiens augmente.

Si l’on regarde de plus près la santé financière des ménages canadiens, les chiffres racontent une histoire contrastée. Le changement technologique, la mondialisation et l’automatisation ont transformé le marché du travail canadien, et la hausse des taux de travail précaire provoque une volatilité des revenus et rend la gestion plus difficile pour les ménages.

Un sondage Ipsos Reid de 2017 commandé par TD Bank a montré que 37% des Canadiens en âge de travailler vivent une volatilité de revenu mensuel, et 3,3 millions subissent des fluctuations de revenus de 25% ou plus. Le même sondage de la Banque TD a montré que 23% des adultes canadiens ont retardé l’achat de nourriture parce qu’ils ne pouvaient pas se le permettre.

Avec des finances serrées, les Canadiens ne peuvent pas épargner pour les urgences à court terme, encore moins pour leur retraite. Les recherches de l’Association canadienne de la paie indiquent que 44% des Canadiens vivent d’un chèque de paie à l’autre. On estime que 24% des adultes canadiens n’épargnent pas, et 50% des ménages n’ont pas d’épargne pour vivre trois mois au-dessus du seuil de pauvreté. Pendant ce temps, 62% des travailleurs ne sont pas couverts par un régime de pension enregistré, et l’épargne de retraite médiane des Canadiens âgés de 55 à 64 ans sans pension de travail n’est que de 3 000 $.

Ce niveau d’insécurité financière des ménages augmente la pression sur le filet de sécurité sociale canadien et sur notre système de santé. Les difficultés financières aggravent également l’exclusion sociale et économique et pourraient contribuer à l’augmentation des taux d’agitation sociale dans le monde.

Les décideurs ne peuvent pas supposer que le Canada est à l’abri de ces maux. Ils doivent offrir des solutions pratiques pour aider les Canadiens à atténuer les risques financiers et à bâtir une base financière solide pour aujourd’hui et pour l’avenir. Cela signifie moderniser et combler les lacunes dans notre architecture sociale existante. À cette fin, nous proposons trois idées fondées sur des preuves et prêtes à élaborer des politiques que les gouvernements doivent considérer.

1. Établir des services d’aide financière communautaires durables pour les Canadiens vulnérables

Lorsque des problèmes financiers surviennent, il y a peu d’endroits où les Canadiens à faible ou modeste revenu peuvent se tourner pour obtenir une aide financière experte et pertinente. Les fournisseurs de services financiers traditionnels adaptent leurs produits, services et conseils aux Canadiens à revenu moyen et élevé, tandis que les fournisseurs d’organismes à but non lucratif et gouvernementaux ne sont pas obligés, formés ou financés pour fournir l’aide financière nécessaire.

Cependant, des preuves internationales démontrent que les services d’aide financière communautaire peuvent combler efficacement cette lacune, et des projets pilotes à grande échelle sont déjà en activité partout au Canada. Grâce au financement fédéral et des gouvernements de l’Ontario, Prosper Canada collabore avec des partenaires à but non lucratif Champions de l’autonomisation financière (FEC) dans 14 communautés pour offrir des services d’aide financière aux Canadiens vulnérables. Selon des données de surveillance non publiées provenant de trois projets pilotes de Prosper Canada encore en cours, en trois ans, ces services ont aidé plus de 251 000 personnes à améliorer leur capacité financière et leur santé; 100 000 personnes pour accéder à 292 millions de dollars de nouveaux revenus grâce à la déclaration de revenus et à l’aide aux prestations; 89 000 pour participer à l’éducation financière; et 33 000 pour accéder à une aide financière individuelle. Renouveler et élargir ce modèle réussi permettra à plus de Canadiens de bâtir leur santé financière.

Les gouvernements peuvent aussi tirer parti de cette capacité locale pour intégrer une aide financière dans des services publics à grande échelle utilisés par les personnes vulnérables. Des villes à travers les États-Unis intègrent les services locaux des centres d’autonomisation financière dans d’autres programmes municipaux grâce au Fonds Cities for Financial Empowerment (CFE). Au Canada, la demande pour une aide similaire est en croissance.  Les gouvernements municipaux de Toronto et d’Edmonton collaborent avec Prosper Canada pour développer leurs propres projets, et neuf autres villes s’y intéressent. Les investissements dans l’assistance technique aux gouvernements municipaux peuvent accélérer ce processus.

Pour combattre efficacement l’instabilité financière, cependant, nous devons en savoir plus sur ses causes. Nous pouvons apprendre du programme EPIC de l’Aspen Institute aux États-Unis, qui collabore avec des partenaires de tous les secteurs pour explorer les obstacles à la sécurité financière pour les ménages à faible et modeste revenu et pour développer des solutions. L’investissement public dans un laboratoire canadien de solutions financières comparable offrirait un centre où tous les secteurs pourraient collaborer sur ces enjeux, générant des connaissances partagées et accélérant le consensus sur des solutions fondées sur des données probantes adaptées aux besoins du Canada.

2. Introduire un Crédit d’épargne Canada pour augmenter l’épargne des Canadiens à faible et modeste revenu

Les incitatifs d’épargne dans le système fiscal canadien sont complètement à l’envers. La majeure partie des 45 milliards de dollars que nous dépensons en incitatifs fiscaux pour encourager l’épargne dans les régimes d’épargne-retraite enregistrés (REER) et les régimes de retraite bénéficient aux Canadiens à revenu moyen et élevé. Pendant ce temps, les Canadiens à faible revenu qui épargnent dans les REER reçoivent peu de récompenses pour leurs cotisations et risquent un remboursement punitif du Supplément de revenu garanti de 50% ou plus lorsqu’ils utilisent ces économies pour leur revenu de retraite.

Nous pouvons corriger ce déséquilibre en introduisant un Crédit d’épargne canadien (CSC) remboursable qui correspondrait les dépôts des Canadiens à faible et modeste revenu dans les comptes d’épargne exonérés d’impôt (CELI) jusqu’à 1 000 $ par année.

Le CSC n’est pas une idée entièrement nouvelle. Les États-Unis ont introduit un crédit d’épargne similaire en 2001, et John Stapleton et Richard Shillington l’ont proposé pour la première fois au Canada en 2008. Le CSC, cependant, offre une approche plus simple et plus flexible que la conception américaine. Ciblant les quelque 10 millions de familles admissibles au crédit TPS/TPS, il commencerait à s’éliminer progressivement avec des revenus des ménages d’environ 36 000 $. Le programme encouragerait l’épargne continue en déposant le crédit directement dans les comptes CELI des épargnants et serait conçu pour limiter le recouvrement d’autres avantages.

Les premières estimations situaient le coût de la CSC entre 275 et 550 millions $ — soit seulement 1% des 45 milliards $ de dépenses fiscales actuelles pour le REER et les régimes de pension.

3. Offrir aux travailleurs du secteur sans but lucratif un plan d’épargne-retraite de qualité

En dehors du secteur public, les dernières décennies ont vu une diminution du nombre de Canadiens couverts par les régimes de retraite en milieu de travail. Dans le secteur sans but lucratif canadien, près de 50% des travailleurs — 850 000 personnes — n’ont pas de régime de retraite au travail. Pour combler cet écart, une coalition de dirigeants du secteur sans but lucratif et d’experts en sécurité de la retraite travaille ensemble pour créer le Bien commun : un régime de retraite national, portable et collectif pour les travailleurs du secteur sans but lucratif.

La conception de Common Good combine les principes des meilleurs régimes de retraite au monde avec une conception flexible pour répondre aux besoins de la main-d’œuvre d’aujourd’hui. Structuré comme un organisme à but non lucratif avec un devoir fiduciaire envers les membres, il offrira des honoraires plus bas que la plupart des régimes de retraite individuels ou en petits groupes, sera accessible à tous ceux qui travaillent dans le secteur sans but lucratif (y compris les pigistes et les travailleurs à temps partiel), sera portable entre les emplois et offrira des taux de contribution flexibles ainsi que des contributions optionnelles de l’employeur.

À ce jour, près de 70 employeurs de 12 provinces et territoires se sont engagés à offrir le Bien commun s’il est rendu disponible. Cinq fondations, Vancity Credit Union et un Conseil des champions de 18 membres soutiennent également cet effort. Bien que Common Good ait été conçu pour aider les Canadiens qui prennent soin de nous et de nos communautés chaque jour, ce modèle peut être adapté à d’autres groupes ayant des besoins similaires.

Avec un investissement de démarrage adéquat, Common Good pourrait être disponible d’ici la fin de 2019.

Les Canadiens ont besoin d’aide pour bâtir leur sécurité financière, et tous les secteurs ont un rôle à jouer dans le développement de solutions efficaces. Ces idées, fondées sur des données probantes et prêtes pour les politiques publiques, peuvent vraiment faire une différence en soutenant les Canadiens à faibles et modestes revenus pour atteindre la stabilité financière à court terme et bâtir leur sécurité financière pour l’avenir.

Elizabeth Mulholland, Alex Mazer, Elizabeth McIsaac

Cet article d’opinion a été publié pour la première fois dans Policy Options le

Photo d’Alex Mazer

Alex Mazer

Alex Mazer est cofondateur et co-PDG de Common Wealth Retirement, une entreprise de technologie financière axée sur la mission qui offre des régimes de retraite simples et portables. Pour faire avancer notre mission de permettre à tous d’avoir une retraite financièrement sécurisée, Common Wealth se concentre sur le service à ceux qui ne sont pas couverts par les régimes de retraite en milieu de travail, y compris les PME, les organismes à but non lucratif, les travailleurs autonomes et les travailleurs modestes.

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